Pourquoi le pèlerinage à St-Jacques-de-Compostelle

espagne st jacques

Si l’on m’avait dit il y a 5 ans que j’envisagerais un jour de parcourir le vieux chemin de pèlerinage jusqu’à St-Jacques-de-Compostelle, je n’y aurais jamais cru. Et pourtant.

Je l’ai mentionné dans mon article sur les destinations qui me font envie pour 2015, cette marche jusqu’en Espagne me titille ces derniers temps, bien que cela ne soit pas encore possible dans l’immédiat, la santé et le temps (il faut 5 semaines pour le parcours que j’envisage) n’étant pas au rendez-vous, mais j’ai grand espoir que cet état s’améliore dans les mois à venir. Alors, pourquoi me priver d’aborder un sujet qui m’appelle tout en me plongeant dans un torrent d’interrogations.

Pour ceux qui l’ignoreraient, il s’agit d’un pèlerinage catholique instauré au IXème siècle suite à la découverte du tombeau de l’apôtre Saint Jacques, en Espagne. Il réunit, chaque année, des centaines de milliers de pèlerins et pas uniquement des croyants, loin de là. Plusieurs chemins historiques mènent à Santiago de Compostelle, ce qui permet à chacun de s’y rendre depuis son domicile (même si beaucoup se rapprochent auparavant d’une ville clé, comme St-Jean-Pied-de-Port, pour commencer le chemin français).

Je n’ai a priori pas le profil type d’un pèlerin : jeune femme de 25 ans, profondément athée (malgré une identité religieuse ainsi qu’une famille et des proches offrant une mixité religieuse plutôt riche – que voulez-vous, je n’arrive pas à croire), finissant ses études de droit et rentrant tout juste dans la vie active, non sportive, aimant un certain confort et ne supportant pas une trop grande concentration de personnes. Pour autant, je ne vois pas de raisons s’opposant à ma démarche : j’ai le droit d’y aller (contrairement à d’autres pèlerinages), mon besoin d’indépendance sera satisfait car ce sera une démarche solo (j’ai trop mauvais caractère lorsque j’ai mal … mieux vaut éviter cela à quelqu’un – ce serait un motif de rupture de toute relation !), c’est … différent (je ne suis pas dans le délire Thaïlande/Australie en sac à dos) et surtout : j’en ai sacrément envie !

Voici, de façon plus concrète, les raisons qui me poussent à entamer, quand le temps me le permettra, ce pèlerinage jusqu’à St-Jacques-de-Compostelle.

1) Une nouvelle expérience afin de me dépasser

Chaque voyage représente pour moi quelque chose d’exceptionnel, je ne tiens jamais cela pour acquis et je profite toujours à fond de mon expérience à l’étranger. De ce fait, je suis très peu attirée par les endroits où il n’y a rien à faire, de type iles paradisiaques (Maldives et cie). Je n’y suis encore jamais allée et ce n’est absolument pas ce qui m’intéresse pour l’instant. Je ne rejette toutefois pas l’idée en bloc : qui sait, dans quelques années, la fatigue du travail aura peut-être raison de mon entrain.

Toujours est-il que j’aime me pousser et me dépasser en voyage et cela aussi bien sur le plan physique que mental, ce qui est le cas en espèce. Physiquement, il est évident que cela représente un challenge pour la non sportive que je suis. Marcher pendant cinq semaines, par tout temps, en portant un sac, avec les mêmes chaussures, n’est pas aisé pour quelqu’un n’y étant pas habitué. Mentalement, l’expérience n’est également pas ce à quoi je suis coutumière : beaucoup de rencontres, un sac à dos à avoir avec soi en continu (moi qui favorise les valises car je ne suis pas très routarde dans l’âme), une activité physique soutenue tous les jours alors que je suis majoritairement assise toute la journée …

2) Voyager lentement

Il peut être tentant lorsque l’on est plus jeune de se dépêcher de découvrir le plus de villes et paysages possibles, notamment parce que l’on ne dispose pas de beaucoup de temps et d’argent. Pour autant, rien n’est plus appréciable que de prendre son temps pour vivre les choses, en l’espèce les voyages.

Inévitablement marcher pendant cinq semaines nous impose de voyager lentement, d’observer ce qui nous entoure, de profiter des pauses, de réfléchir, d’écouter les sons de la nature, des conversations ou même de la musique.

3) Less is more

Partir à Compostelle à pieds avec un sac à dos oblige à ne prendre avec soi que le strict nécessaire : pas de gros appareil photo, peu de vêtements, de produits de beauté. De l’utile et du confortable avant le reste et j’aime cette idée. Je ne suis pas une grande matérialiste, je possède peu de choses, mais cette démarche est un cran au dessus et je suis curieuse de tenter le coup. J’ai besoin de faire face à d’autres personnes en étant sans maquillage, pleine de sueur, fatiguée… Ça ne peut qu’être bon pour l’humilité : nous sommes tous semblables sans artifices et il est possible d’exister, d’agir, et d’être aimé sans eux.

4) Mon père

Je ne peux pas envisager ce pèlerinage sans penser à mon père qui rêve de pouvoir marcher jusqu’à Compostelle mais sans en avoir le temps et (peut-être) la constitution. Adolescente, je me moquais de lui quand il abordait le sujet parce que je trouvais cette idée de chemin complètement ridicule et je ne voyais que la dimension religieuse que je repoussais fortement (avant de comprendre que la religion, comme l’athéisme pouvaient être tout à fait pacifiques). Puis, j’ai grandi, j’ai aimé, j’ai espéré, j’ai perdu, j’ai rencontré … J’ai compris tout simplement et je comprends toujours un peu plus chaque jour.

J’ai peur qu’il ne réalise jamais cet objectif et je veux le faire pour lui. Je veux filmer quelques minutes chaque jour de cette expérience pour l’emmener avec moi, peut-être même l’encourager à se lancer. Notre relation n’est pas parfaite et ce serait un merci de ma part.

5) Un peu de sport ?

Cela ne fait jamais de mal de se bouger. Le moment de l’année où je « pratique » le plus le sport, c’est en vacances pendant mes voyages parce que je marche non stop toute la journée (et il m’arrive également de sortir danser ce qui est bénéfique à mon petit corps). La marche est l’une des choses qui me réussit le mieux physiquement car ça affine et raffermit doucement sans me faire souffrir. Et puis, il n’y a pas mieux pour occuper l’esprit pendant l’effort que d’observer les paysages et le chemin en propose une grande variété.

6) L’attrait de la culture, quelqu’en soit la forme

J’adore me cultiver que cela soit par la visite de musées, la fréquentation de temples, les discussions avec les locaux, les balades au milieu de nulle part et c’est ce qu’offre ce voyage. C’est une porte ouverte sur soi et sur les autres sous une forme différente, un peu moins académique que ce à quoi je suis habituée. Apprendre toujours plus et être curieuse de tout est l’une des clés de mon bien-être intérieur.

7) Pourquoi remettre à plus tard ?

« Un jour j’irai là-bas », « Il faudrait que je fasse cela », « Je rêve de partir ».. Je l’ai entendu et pensé moi-même tant de fois et je ne tiens pas à avoir de regrets sur le sujet. J’ai la chance formidable d’être née en France, de disposer de la liberté de faire ce que je veux de ma vie, de mon corps et de mon argent. Je ne peux pas me permettre de gâcher cette chance. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve mais plus on vieillit, plus on réalise que les bonnes choses partent vite et je veux à tout prix réaliser le plus de projets, en solo et avec les gens que j’aime, avant qu’il ne soit trop tard.

Oui, la majorité des pèlerins ont plus de 50 ans. Et alors ? Pourquoi devrais-je attendre un certain âge pour faire quelque chose qui me tient à coeur ? Je ne souhaite pas vivre en pensant que dans 40 ans je pourrais enfin me reposer et réaliser mes projets. Non, je veux vivre tout ce que je peux dès maintenant et dans les années à venir, je veux partager cela avec mes proches tant que nous sommes toujours ensemble. J’espère ne pas avoir à attendre tout ce temps pour prendre ce chemin. Mais, quelque chose me dit que ce ne sera pas le cas.

Et vous, êtes-vous déjà allé à Santiago ? Comptez-vous, un jour, accomplir un tel pèlerinage ?

Credit photo

7 Comments

  • Très bonne article. Je trouve ta démarche superbe !

    La France est un magnifique pays et St Jacques de compostelle est vraiment un parcours intéressant pour découvrir notre patrimoine, notre histoire et ses magnifiques paysages… J’aimerai le faire un jour, pas dans un but religieux, ni de dépassement de soi (je crois avoir fait mes preuves lors du GR400 et mon début du GR10), mais vraiment pour cette aspect culturel.

    C’est vrai qu’il y aura des pèlerins de plus de 50ans …haha mais ils ont tellement de choses à partager !! Ce sera une chouette aventure, je l’espère pour toi et que tu trouveras ce que tu y cherche.

    A bientôt.

  • Bonjour,

    J’y pense aussi de temps en temps, surtout depuis que j’ai lu les récits de Bernard Ollivier.
    Je me permets de joindre un copie d’article, c’est mon côté « fan » !
    Bonne fin de journée.
    Société
    12-03-2014
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    Sports
    France
    Monde
    Portrait
    Bernard Ollivier : « On mène une vie de cul-de-jatte ! »
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    Bernard Ollivier : « On mène une vie de cul-de-jatte ! »
    (Crédit photo : éditions érès)

    A 76 ans, cet ancien journaliste a longé la Loire, le chemin de Compostelle, a sillonné la route de la soie… Toutes ses marches l’ont reconstruit et lui ont (re)donné l’envie de vivre.
    Le Baromètre de cet article
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    « Nous sommes des animaux fabriqués pour la marche. Mais le progrès nous a fait régresser. Dans une journée moyenne, un employé de bureau n’est même pas une heure sur ses pieds. On mène une vie de cul-de-jatte ! Or, le corps s’use que si l’on ne s’en sert pas. » L’homme discourt à la terrasse d’un café parisien, plongé dans l’embarras d’une météo mi-pull, mi-pardessus que l’hiver dispute encore au printemps. A 76 ans, Bernard Ollivier (1) fait une escale parisienne. « Il y a une fonction thérapeutique dans la marche, pour le corps et pour la tête. Ce n’est pas un hasard si toutes les religions pratiquent le pèlerinage. C’est une activité spirituelle. »
    Bernard Ollivier marche depuis seize ans. Depuis que parvenu au bord de la retraite, il a plongé tout au fond. « D’un seul coup, il n’y avait plus rien. Ma femme était morte dix ans avant et je n’arrivais pas à dépasser ça. J’ai fait une super déprime et une tentative de suicide. Comme j’ai raté mon coup, j’ai voulu m’enfuir et je suis parti sur le chemin de Compostelle. » Cet ancien journaliste n’avait encore jamais marché. Il a enfilé ses chaussures à Paris, filé vers Vézelay (Yonne), le Puy-en-Velay (Haute-Loire), Saint-Jacques. Avalé 2 360 kilomètres en trois mois. « Ce fut mon miracle à moi. Au bout de trois semaines, j’ai recommencé à faire des projets d’avenir. Je me suis rendu compte que j’étais capable de faire 35 kilomètres et d’être frais comme un gardon le soir. »
    Des neiges du Pamir aux ruelles de Kashgar
    De retour de son périple, pas question de suspendre son pas. Il pense, un temps, sillonner la piste de Santa Fé qui relie le Missouri au Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis, « mais ça ne faisait que 6 000 kilomètres. Le problème de la retraite, c’est le temps libre ». Alors il opte pour la route de la soie, ce long faisceau de pistes par lequel transitait autrefois la précieuse étoffe chinoise et qu’il empruntera, lui, à rebours. Il commence son « voyage à plat ventre », le nez plongé dans des cartes, au sol même de sa campagne normande. Ce sera 12 000 kilomètres entre Istanbul et Xi’an en Chine, des hauts cols d’Anatolie au désert de Karakoram, des neiges du Pamir aux ruelles de Kashgar. Le tout en quatre ans à raison de trois mois par an. La première année, il est rentré en ambulance : « Mais c’était tellement formidable la découverte de ces cultures, de ces paysages, c’était un bonheur total. »
    Avant de partir pour son périple, il avait confié son projet à quelques éditeurs, emporté l’enthousiasme de l’un d’eux et un accord pour 4 livres, un par an. Il y en aura 3 qui se vendront à 400 000 exemplaires : « J’ai gagné un blé pas possible. C’était un jackpot extra. » Or, l’homme de son propre aveu, « n’a pas besoin d’argent ». Il a acheté « à la bonne période », un petit appartement à Paris, une ruine en Normandie qu’il retape trente ans durant. Que faire de son pécule ?
    Sur le chemin de Compostelle, il a entendu l’histoire de deux jeunes Belges : « C’étaient des délinquants à qui un juge intelligent avait dit “soit vous faites quatre mois de prison, soit vous allez marcher”. Ça a fait tilt. Si la marche m’a reconstruit, alors pour des gamins… » L’homme remonte leur trace et tombe sur une association « Oikoten », un terme grec qui signifie à la fois « hors de son pays » et « par ses propres moyens ». Dans le sillage de l’organisation flamande, le voilà qui crée, en mai 2000, l’association « Seuil » (Voir encadré au bas de cet article) qui permet « la réinsertion des adolescents en grande difficulté par la marche à pied ». Depuis, chaque année, une vingtaine de jeunes parcourent les routes d’Europe pour reconstruire une fierté perdue ou jamais construite.
    La Loire, en canoë et à pied
    « C’est très proche de ce que j’ai vécu, confie Bernard Ollivier. Avec la marche, j’ai retrouvé des raisons de vivre et je suis revenu avec un projet d’association qui a changé ma vie. Sinon je ferais quoi ? J’attendrais l’heure des Chiffres et des lettres ? Je ferais des crêpes pour la Chandeleur ? Je trierais les 3 722 cassettes de ma bibliothèque ? » Alors il continue à mettre un pied devant l’autre. Il y a quelques années, il a descendu la Loire, en canoë et à pied. C’est là qu’il a croisé sa compagne qui « galope » depuis, à ses côtés. Avec elle, il y a deux ans, il a relié Rouen (Seine-Maritime) au Mont-Saint-Michel (Manche) sur le chemin des Ducs et de son enfance. L’an passé il a marché de Lyon à Vérone et finit, avec sa belle, « en amoureux sous le balcon de Juliette ». Cette année, il reliera Vérone à Istanbul, finira par le début, cette route de la soie entamée il y a 16 ans. La boucle sera bouclée. « Après j’arrête, j’ai 76 ans, de l’arthrose, mal au genou. Mais je continuerai à faire des balades. »
    Marcher pour se sauver
    « On peut sauver des vies en étant pompier, infirmier, flic, moi j’ai décidé de sauver ma vie en marchant. » Le témoignage de Ocxxx, une jeune fille de 17 ans de la région parisienne s’affiche, parmi des dizaines d’autres, sur le site de l’association Seuil. Créée en 2000 par Bernard Ollivier, celle-ci envoie, chaque année, une vingtaine de jeunes marcher sur les routes d’Europe. En duo avec un accompagnant, ils parcourent en trois mois près de 2000 kilomètres. « Ce sont des jeunes en fin de course qui sont en manque de maturité, déscolarisés. Certains sont en prison pour de courtes peines. Ils ne sont pas tous délinquants mais ils sont tous complètement largués », souligne Bernard Ollivier. « Les ados qui vont en prison récidivent à 85% dans l’année, nous on réussit à 85 % et on coûte 10 fois moins. » Et l’homme de poursuivre : « Quand ils reviennent, personne ne les reconnaît. C’est miraculeux. Y’en a un un jour qui m’a dit : “Je suis parti, j’étais un blaireau. Je suis revenu, un héros”. »
    (1) Bernard Ollivier est actionnaire de la première heure de Terra economica SAS, la société éditrice de Terra eco
    A écouter sur France Culture : « Ma longue marche », le carnet de route sonore d’Idan lancé sur les chemins de Compostelle par l’association Seuil.

  • Salut, j’ai également 25 ans (26 en fin d’année) et j’ai déjà entrepris de réaliser le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Je l’ai fait un petit peu durant 2 années accompagnée de ma mère et nous sommes parties de Paris (nous sommes de la région île de France donc pour nous c’était logique de partir de chez nous).

    Je suis tout comme toi une athée et je fais ce pèlerinage petit bout par petit bout par manque de temps à cause du boulot. J’aime beaucoup me retrouver, me remettre en question, tester mes limites. Je pense que ce chemin peut apporter beaucoup à beaucoup de gens, pas forcément sur le même plan par contre (^^)

    Je te souhaite de tout coeur de te lancer dans cette aventure, par contre un conseil ne te charge pas trop en 2 années de suite nous nous sommes rendues compte que nous emmenions beaucoup trop de chose inutiles, car ça ne paraît pas mais porter 6kg tous les jours parfois pendant 25km ça commence à être dur après quelques temps…

    Bon courage à bientôt, et qui sais peut-être sur la route pour Saint-Jacques (^^)

    • Bonjour, merci beaucoup pour ce témoignage. J’aime beaucoup l’idée de parcourir le chemin sur plusieurs années. En effet, nous ne disposons pas souvent du temps nécessaire pour l’accomplir entièrement d’une seule traite. Merci de ton message.

  • Bonjour,
    as tu fais le pélerinage en 2015 finalement ?? Moi j’ai prévu de le faire cette année mais en partant du puy en velay 🙂
    moi aussi c’est surtout le coté culturel et aussi le coté sportif. Un dépassement de moi.
    J’espere que tu as ou vas trouvé dans ce pélérinage ce que tu souhaites.
    Bon chemin.
    Marie

    • Bonjour.
      Non je n’ai pas encore eu cette chance, d’autres projets sont venus et je pars d’ailleurs dans quelques jours en Israël (autre pèlerinage^^). Je te souhaite plein de courage pour ce dépassement de soi !
      Bon chemin.

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