Mes lectures du moment : de Jane Eyre, en passant par Philippe Claudel

Cela fait bien deux semaines que je n’ai pas lu, et c’est assez perturbant pour tout avouer.. Je pense être en phase post-Jane Eyre, mixée à du post-Sherlock télévisuel, mais passons. Comme l’annonce le titre, j’ai l’intention de vous parler de deux lectures que j’ai terminé il y a quelques temps, et il s’agit de deux classiques, l’un anglais et l’autre français, pas de jaloux! La vidéos correspondante sera postée en fin d’article lors de sa publication dans la semaine.

*

Commençons par les dames, j’ai tout d’abord dévoré Jane Eyre de Charlotte Brontë.

Jane Eyre est pauvre, orpheline, pas très jolie. Pourtant, grâce à sa seule force de caractère, et sans faillir à ses principes, elle parviendra à faire sa place dans la société rigide de l’Angleterre victorienne et à trouver l’amour… Une héroïne qui surmonte les épreuves sans perdre foie en son avenir, une intrigue où se succède mystères et coups de théâtre, une passion amoureuse qui défie tous les obstacles : le plaisir de lire Jane Eyre est toujours aussi vif. Comme elle, on veut croire que rien n’est écrit d’avance et que la vie réserve des bonheurs imprévus.

Voici un roman que j’attendais de lire avec impatience tout en le craignant. En effet, mon coeur guimauve rêvait d’une romance digne des écrits de Jane Austen avec les paysages qui laissent rêveurs de la campagne anglaise, un protagoniste masculin dur mais sensible et toute l’armada de clichés qui me font succomber. Sauf que, pour les mêmes raisons, je redoutais d’y découvrir ce que je souhaitais. Je m’explique : il est étonnamment (ou non) très compliqué de produire un bon roman d ‘amour qui saura respecter les dosages exacts pour ne pas tomber dans la facilité et donc l’idéologie, mais en offrant à la fois les éléments clés du genre, voir en y apportant une âme.

Fort heureusement pour moi, le roman de Charlotte Brontë répond à ces critères de qualité et fut une véritable révélation. Beaucoup plus sombre de Jane Austen, tragique, passionné et passionnant, Jane Eyre fut la meilleure conclusion littéraire que j’aurais pu souhaiter pour l’année 2013.

Les personnages sont le principal point positif du roman parce qu’ils sont forts, crédibles et non exagérés, ce qui ne nous empêche pas pour autant d’avoir envie d’en secouer un certain nombre, voir la totalité d’entre eux. Jane est une héroïne particulièrement réussie du fait de son mélange original de banalité et d’audace. Jeune femme sans grande beauté ni statut, elle va pourtant lutter contre son destin qui lui prédisait un avenir tout tracé, plat et sans passion, alors que ce dernier trait brule en elle depuis sa plus tendre enfance. Ses années de jeunesse ont fait d’elle une personne volontairement effacée et humble, mais Jane rêve de plus, elle mérite plus et elle le sait. La force de ce personnage est sans aucun doute cette passion indestructible et surtout sa volonté à agir pour acquérir ce qu’elle désire.

La volonté de changement la conduit auprès de Rochester dont elle devient la gouvernante de sa filleule. Et, il est loin d’être sous-alimenté par la prose de Miss Brontë puisque le personnage qui est dépeint s’accorde en complémentarité parfaite avec Jane, tous les deux obstinés, cachant de lourds secrets, et pourtant si amoureux. C’est lorsqu’ils sont ensembles qu’ils nous apparaissent à leur zénith.

Les autres personnages ne sont pas en reste, mais ont une nette tendance à apparaître toujours en conflit ou en opposition avec nos héros. Si certains conflits se transforment en amitié, comme pour l’amie d’enfance de Jane, d’autres sont réellement posés pour les tourmenter : la famille de Jane, de même que sa « nouvelle famille », le secret de Rochester. Si bien, qu’on a une impression d’injustice et de martellement incessant à leur égard, ce qui peut paraitre un soupçon exagéré. Ce trait est propre à ce genre littéraire, les héroïnes victorienne sont peu épargnées par les chagrins et souffrances, cependant il faut noter que la noirceur de ce roman est sans pareille avec les autres histoires romanesque du style. De ce fait, il est ardu de distinguer le drame, de la passion, et plus encore de la romance.

La forme du récit en journal intime a posteriori est surprenante, mais adapté parce que le regard que Jane a de sa vie une fois adulte et tellement plus forte a une saveur particulière. Il y aurait encore tant à dire sur ce roman, mais je me suis promis d’éviter les trop longs avis, ce qui ne me parait bien mal engagé.

Aussi finirai-je en conseillant cette lecture à tout lecteur, débutant ou confirmé (quoique, sommes-nous un jour confirmé en lecture?) qui souhaite découvrir un classique de la littérature anglaise accessible, dramatique dans lequel la passion est au centre du récit, l’ensemble intégré dans des paysages beaux, sobres, froids et chauds à la fois, si propres à la Grande-Bretagne.

*

Poursuivons à présent avec La petite fille de monsieur Linh, de Phillipe Claudel

claudel

C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi.
Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays,
celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Lorsque l’on me proposa ce livre, j’avoue avoir été surprise et charmée. Surprise parce que je n’en avais jamais entendu parler et aux vues des compliments qui lui était adressés, il s’agissait d’une faute. Puis charmée parce que les promesses de la magistrale plume de Philippe Claudel me laissaient pleine d’anticipation. Ce n’est pas un écrivain que je connais bien sur le plan littéraire, ou tout du moins je ne le connais que peu par la lecture de ses écrits, mais j’ai connaissance de sa bibliographie générale, et de ses traits d’écriture. Je ne pouvais pas être déçue et je l’ai pourtant été : l »histoire s’est arrêtée bien trop tôt.

En effet, en quelques heures, la découverte de cet écrit est terminée, mais c’est suffisant pour recevoir la baffe inattendue que constitue cette histoire et surtout sa fin. Claudel est un habitué du genre, toujours à sélectionner avec soin ses mots afin d’attendre l’effet voulu de surprise et stupéfaction. Découvrir cette histoire sans le résumé est un plus, mais il n’influence pas pour autant la lecture.

Il s’agit d’un roman aux thèmes variés faisant résonner un écho chez le lecteur puisque y sont abordés le deuil, la famille, l’amitié, l’exil, la guerre, ou encore la vieillesse, autant d’éléments qui touchent et relient le lecteur à l’écrit ainsi qu’aux personnages. Pour ma part, c’est l’aspect de l’amitié que j’ai préféré, notre héro échappant à son pays en guerre avec sa petite fille pour se rendre dans une destination inconnue où il ne parle pas la langue mais où également il fera la rencontre d’un autre homme seul.L’amitié ne s’explique pas, c’est une famille que l’on se choisie aux détours du hasard et de la vie, faisant du bien et pansant les blessures sans que l’on s’en rende compte. C’est ce qui se passe ici, les deux hommes se comprenant malgré la barrière de la langue et s’apaisant mutuellement, sans que le moindre jugement de valeur ne vienne noircir cette relation. Plutôt que d’entrer en conflit avec l’autre ou de pointer du doigt son étrangeté, ils sont dans une logique d’acceptation et d’accompagnement, ce que l’on ne comprend parfaitement qu’aux dernières lignes de cette histoire.

En dire plus serait de trop, je me contenterais alors de vous encourager à vous plonger dans ce récit intelligent, rapide et simple à lire et pourtant tellement bouleversant.

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.