Le livre du mois – Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle

guy delisle

Ce mois-ci, le livre que je souhaite mettre en avant est une bande dessinée récompensée par le prix du jury au festival d’Angoulême en 2012. Pour être honnête, je n’avais pas conscience qu’il s’agissait d’un ouvrage connu avant de le terminer. Mais je ne peux qu’ajouter ma voix au consensus positif qui s’est crée autour des Chroniques de Jérusalem.

La guerre, c’est simple : c’est faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair.

Guy Delisle est un auteur de bandes dessinées québécois qui parcourt le monde au fil de ses commandes mais également au rythme des missions de sa femme qui travaille pour Médecins sans frontières. Cela lui permet de se plonger pendant de longs mois dans le quotidien de zones sous tension (Corée du Nord, Birmanie, Chine) et de partager son ressenti en dessins, pour notre plus grand bonheur. Cette fois-ci, Nadège ayant obtenu un poste à Gaza, le couple accompagné de ses deux enfants part habiter un an à Jérusalem, la « capitale » controversée d’Israël.

Il va alors nous embarquer avec lui dans ses découvertes de papa dessinateur au foyer : sa maison dans Jérusalem-Est, les rencontres surprenantes de gentillesse, les vacances en famille à Tel Aviv et Eilat, les virées en poussette avec les enfants, le tourisme des lieux saints. Et puis également les aspects les plus sombres de ce pays : les territoires palestiniens en souffrance, les colonies illégales, les checkpoints humiliants, la guerre à Gaza et puis surtout le mur de séparation.

Il y a deux murs à Jérusalem, et bien que 2000 ans les séparent, ils pourraient porter le même nom. Murs des Lamentations.

mur séparation Jérusalem

Guy s’attache à nous montrer les choses telles qu’il les voit, faisant ainsi preuve d’une honnêteté et d’une humilité plus que bienvenues dans ces terres en conflits. Il n’est pas arrivé avec des préjugés plein le cœur. Il en apprend chaque jour un peu plus sur son pays d’accueil et nous permet, de manière très pédagogique, par ses talents de dessinateur et de conteur de faire une partie du chemin à ses côtés.

Jérusalem demeure ce qu’elle a toujours été : complexe, intense et paradoxale. Nul ne peut en dresser un portrait objectif parce qu’il y a autant de Jérusalem qu’il y a d’êtres. Et la force de cet ouvrage est de ne pas chercher une vérité objective à cette ville et à ce pays. Il s’agit de proposer un carnet de croquis délibérément subjectif mais authentique et sans jugement.

Le lecteur rit, pleure, prend des notes, fait des recherches pour en apprendre plus sur un sujet rapidement traité. Il vit avec cette bande dessinée parce que c’est exactement ce qu’elle représente : une année d’instants de vie résumée en 300 pages. On souhaiterait qu’il y soit resté un an de plus.

A lire absolument.

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