Le livre du mois – Home, de Toni Morrison

Home Toni Morrison

Bienvenue dans cette nouvelle rubrique intitulée sobrement « Le livre du mois » et dont le propos est simple à comprendre. Chaque fin de mois (ou tous les deux mois), je reviendrai sur le livre qui m’aura le plus marquée au cours de la trentaine de jours écoulés.

Je suis ravie de reprendre petit à petit à l’écrit des discussions sur le thème de la littérature, car si j’adore et ne m’arrête pas de parler de livres sur ma chaine youtube, je trouve cela également important de revenir aux fondamentaux pour l’aborder.

home

Ce mois-ci, j’ai choisi de parler du célèbre Home de l’auteure américaine Toni Morrison.

Je dois vous avouer qu’il s’agit de mon premier roman de cette écrivaine, éditrice et lauréate du prix Nobel de littérature et du prix Pulitzer. J’en ai honte et j’en suis écœurée parce que j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps à me gaver d’ouvrages moyens pour répondre à un besoin de plaisirs éphémères. Également, parce qu’elle arrive bientôt à 85 ans et que j’ai peur de n’avoir que trop peu de temps « avec » elle. Depuis ma lecture, je me suis jetée sur tous les articles à son sujet et interviews qu’elle a données et plus j’en apprends, plus j’ai envie de continuer à en découvrir. Nous ne sommes qu’en janvier, mais je peux d’ors et déjà affirmer que si ma révélation littéraire de 2015 fut Virginia Woolf, celle de 2016 est sans conteste Toni Morrison. Retour sur un coup de foudre.

A qui est cette maison ?

La première phrase de ce livre pose dès le départ l’interrogation centrale de l’ouvrage : où est-on chez soi ? Qu’est-ce que c’est ? Il est particulièrement intéressant de noter que ce court extrait provient d’un texte rédigé plusieurs années plus tôt par Toni Morrison, bien avant qu’elle se plonge dans l’écriture de Home, preuve que ce thème est essentiel chez elle.

Au fil de ces cent cinquante pages, nous suivons le personnage de Frank Money, un homme noir vétéran de la guerre de Corée et souffrant d’un trouble de stress post-traumatique, qui traverse les Etats-Unis, de Seattle à Atlanta, puis Lotus en Géorgie, pour rejoindre sa jeune soeur Cee. Plus qu’un simple voyage, cette expérience est avant tout la recherche d’une terre promise où nos protagonistes pourront trouver la paix, la sécurité et le sentiment d’appartenance.

Il s’agit du témoignage particulièrement marquant d’un pan de l’Histoire américaine que certains auraient souhaité dissimuler à jamais. Non, les années 50 ne sont pas les propagandes diffusées par les médias dont Sandy Olsen et Danny Zuko, héros de Grease, serviraient de figure de proue.

Toni Morrison, tout en évocations, ne nous cache rien du racisme et du sexisme ambiants qui régnaient en cette période de ségrégation. Elle fait preuve d’une honnêteté réellement déconcertante qui ne peut que nous pousser à être dérangés par ce récit. La plume est efficace et poétique, chaque mot a été précautionneusement choisi et cela n’en rend cette lecture que plus dure. J’ai eu du mal à terminer Home, je le reconnais. Non qu’il soit difficile à aborder, mais cette franchise de ton n’a rendu l’horreur de cette histoire que plus poignante. La scène d’ouverture, la méfiance constante des personnages quand ils rencontrent Frank (même le Pasteur qui craint de lui présenter ses filles), le traitement de leur famille chassée de chez elle… Chacun de ces moments n’existe que pour rappeler une vérité, un fait historique auquel le point final n’a pas encore été mis. C’est en cela que ce roman fut si désagréable et inoubliable. Rien n’est épargné au lecteur, pas plus que ne l’a été la population noire à la veille de la lutte des droits civiques.

Pas de pathos, tout est réalisé dans la maitrise, la concision et en finesse (grande leçon de style soit dit en passant). Les personnages principaux, tout affreux que fut leur sort, ne sont pas des héros débordant de vertus. On ne peut que ressentir une profonde compassion à leur égard, mais il n’est pas facile d’oublier également leurs défauts, souvent traduction de ce que la société a fait d’eux.

En tant que femme, je suis confrontée tous les jours à certains comportements, mais je ne serai jamais noire et je ne peux comprendre avec exactitude ce que cela fait de se voir reprocher sa couleur de peau ; jamais je n’oserais présumer d’une telle chose. Mais Toni Morrison m’a permis d’entrevoir ce choc de se voir tout refuser, de se faire haïr pour sa couleur, et ce fut une expérience brutale et terrifiante.

Des réponses sont apportées et pourtant on en souhaiterait encore plus. S’immerger à nouveau dans leur passé (notamment celui de Cee) pour trouver un quelconque sens à tout ce qui se passe. Se laisser à nouveau porter par la prose presque mystique de l’auteure qui nous plonge dans un état second, tellement éloigné de notre propre réalité.

Je n’ai qu’une envie : découvrir les autres ouvrages de Toni Morrison, notamment les plus anciens. Il n’est pas facile de parler de Home sans point de comparaison et je serais très curieuse de le relire après avoir prit connaissance du reste de son oeuvre.

J’espère que cet article et ce nouveau rendez-vous vous plaisent. Avez-vous lu Home ? Quel est VOTRE livre du mois ? Je suis curieuse de le savoir ! A bientôt pour un nouvel ouvrage.

5 Comments

  • Comme toi j’ai été ultra séduite par ce livre et il a été aussi mon premier Toni Morrisson. Même si elle reste très connue dans le monde anglosaxon, je trouve que c’est dommage que l’on ne parle pas plus d’elle en francophonie….

    • En effet, c’est vraiment dommage. D’autant qu’elle fait vraiment partie des auteurs américains les plus populaires. Je me demande si ce n’est pas une prise de décision éditoriale (qui fait qu’il y a moins de marketing dessus). Merci pour ton partage !

  • J’ai étudié Beloved l’an dernier à la fac et j’ai lu Délivrances ce mois ci (j’ai rédigé un petit article sur mon blog en plus de ça) et je comprend ton engouement pour Toni Morrison. Je te conseille vivement les deux romans que je viens de citer! Je lirais surement Home cette année du coup 🙂
    Je te souhaite donc de bonnes lectures !
    A bientôt.

  • Je te remercie pour cette chronique qui m’a fait découvrir « Home » de Toni Morrison.
    Ton article a orienté mon choix à la bibliothèque et je ne regrette pas du tout !

    J’ai beaucoup aimé ce roman. J’avais peur que ce soit pesant du fait des sujets abordés, mais Toni Morrison parvient à dépeindre les difficultés, les horreurs et les injustices des années 1950 et à faire réfléchir le lecteur sans pour autant le plomber. J’ai adoré la construction du récit, le style d’écriture ainsi que les personnages. Une vraie réussite ! Merci encore une fois pour cette découverte 🙂

    • Merci beaucoup pour ce gentil commentaire, je suis ravie que le roman te plaise. En effet, les thèmes abordés sont forts, mais l’écriture et la narration sont tellement impressionnantes et intelligentes qu’on se laisse emporter par leur magie ! Merci pour ton avis.

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