Le deuil en voyage, mon utopie

Cet article est à la fois le plus simple et le plus difficile que j’aie jamais eu à écrire. Simple parce que je laisse parler mon coeur et que rien n’est plus vrai que ce sentiment à l’état brut. Difficile car j’aborde un sujet qui me fait souffrir et dont je n’arrive toujours pas à me remettre.

Je l’ai mentionné rapidement en vidéo, les années 2012 et 2013 furent particulièrement douloureuses. J’ai perdu plusieurs êtres que j’aimais au delà des mots. Mon petit monde s’est effondré alors que j’avais naïvement repris espoir ; la maladie a cette terrible capacité de nous faire croire à une amélioration tant souhaitée, pour ensuite nous noyer sous le chagrin sans nous laisser le temps de dire au revoir (mais sommes-nous jamais prêt ?).

Cela fait plus d’un an, et je n’ai pas l’impression d’avoir avancé. J’ai lutté, j’ai travaillé, je me suis forcée, j’ai  dissimulé, j’ai essayé, mais rien n’a fonctionné. Il faut se laisser du temps, oui je sais, mais je suis humaine et je souffre. La décision de partir en voyage m’est apparue comme parfaitement logique. Mes expériences de voyage sont un écho à ce qu’il y a de mieux mais aussi de plus sombre en moi : je rencontre, découvre, expérimente tout en fuyant, renonçant et me cachant.

Et j’avais un tel espoir ! Tous ces films, ces romans sur les départs causés par de telles souffrances ne partaient-ils pas d’un fond de vérité ? Il fallait que quelque chose existe au bout du chemin. Une réponse devait bien se trouver quelque part, une clé, une inspiration, une lumière. N’importe quoi.

En un an, je me suis rendue dans 12 pays différents et cela sur deux continents : Europe et Amérique du Nord pour une durée proche de cinq mois. 4 avions, environ 30 trains et une voiture plus tard, je ne perçois pas de changements me poussant vers l’avant. Chaque jour je continue à me demander si ça vaut le coup de continuer, si je suis prête à faire un nouveau cycle de 24 heures avant de me reposer cette question.

Ljubljana Slovénie

Et pourtant, la réponse est oui. Bien sur que je veux avancer, être heureuse, rire, apprendre, et serrer dans mes bras les gens que j’aime. Cependant, voyager m’a montré que cela ne peut pas venir de l’extérieur, mais uniquement de moi. J’ai beaucoup de choses et le principal : un entourage très présent qui m’a donné le temps de me faire à cette absence, qui m’a accompagné et encouragé dans mes démarches, sans me juger, et cela malgré une réprobation évidente à l’encontre de certains choix faits dans la précipitation, en réaction automatique à la douleur.

Peut-être que je ne suis pas faites pour assumer un deuil, peut-être que je ne suis pas prête à accepter, peut-être que je ne le souhaite tout simplement pas. Qui a inventé cette loi universelle des un an ?

Le voyage ne m’a pas aidé à avancer dans ma démarche de deuil, mais il m’a rappelé ce qui était important : nous n’avons qu’une vie et je pourrais toujours retrouver les gens que j’aime une fois mon temps arrivé à son terme. Peut-être ne sont-ils même jamais absents, qui sait ? Mais ce n’est pas encore le moment. Je dois vivre le plus entièrement possible, pour elles, pour lui, pour nous, pour moi.

5 Comments

  • Il existe des beaux principes, mais la vérité c’est que chacun vit le deuil différemment. Les deux premières années après le décès de mon père, je pétais la forme (vraiment). J’ai fait des tas de choses – mes premiers voyages, j’ai soutenu ma famille – je me croyais « bien ». Et puis boum. L’effondrement. Des mois à remonter la pente d’un deuil non digéré. Alors je crois que tu fais en effet, comme tu le peux, tu avances comme tu le sens, tu essayes. Les voyages n’ont pas eu l’effet que tu attendais, que tu espérais peut être, mais tu as compris autre chose, tout aussi essentiel. Un jour « ça » sera derrière. Pas oublié, mais juste, une page tournée que tu regardes parfois, en te disant « tiens, j’en ai fait du chemin ».

  • tres touchant ton récit. je pense qu’effectivement la solution pour etre heureux est à l’intérieur de nous, pas à l’extérieur…quoi qu’il en soit c’est important de voyager, de sortir de sa coquille, meme si c’est dur, s’ouvrir aux autres, vivre dans le présent. Le passé on ne le refait pas, il n’y a que le présent qui peut nous apaiser (je te recommande d’ailleurs les livres de Eckart Tolle à ce sujet)
    On n a qu’une vie comme tu dis. Bon je ne sais pas si je m’exprime bien:) plein de courage.

    bisous

  • J’ai vécu un deuil très douloureux il y a 8 ans dont je viens à peine de parler sur mon blog et que j’arrive à peine à évoquer maintenant.
    Pour masquer mon chagrin, je n’ai pas voyagé mais j’ai choisi d’autres voies, je pensais me défaire de la douleur. Mais c’était un leurre et je me suis vite rendue compte que la seule chose à faire était de se confronter à l’absence, de ne pas la fuir et de tenter d’apprivoiser la douleur.
    Je te souhaite bon courage.

    Si tu veux lire mon billet, voici le lien. Tu verras, les commentaires sont plein de sagesse.

    http://juriste-in-the-city.fr/vivre-sans-elle/

  • On vit tous le deuil de façon différente. Certains n’auront besoin « que » de quelques mois avant que leur douleur s’apaise (sans ne jamais s’arrêter totalement), d’autres de plusieurs années.
    Malheureusement il n’existe pas de recette miracle. Essayer de survivre, et puis de vivre. Les garder dans son coeur & ses souvenirs malgré tout.
    Les voyages n’ont peut être pas été LA solution, mais quand même, est ce que ça ne t’a pas fait du bien ? Il a bien dû y avoir des moments où absorbée par un paysage, un monument, une visite, tu n’y pensais plus ? & peut être que tu attendais trop de ces voyages, que tu te disais que ça t’aiderait beaucoup, et que tu ne te rends pas compte que ça va un peu mieux ? Ou peut être pas.
    Je te souhaite bon courage, prends soin de toi.

  • Merci pour ce partage si juste, si vrai, ces mots qui traduisent si bien le manque et l’absence, la difficulté à retrouver sa place dans la vie…
    Moi même endeuillée, je ne peux que dire combien le temps se joue de nous, dans ces moments là.
    Combien il avance, malgré tout, à notre grand étonnement, alors qu’une petite partie de nous reste à jamais « bloquée » à l’instant où nous avons perdu celui ou celle qui nous manque.
    Combien on peut reprendre goût à la vie, aussi, mais différemment, avec, à l’intérieur de nous, une faille, que j’oserais pour ma part qualifier de jolie, qui peut nous ramener, en une image, en un instant, en une odeur, à quelques mois, quelques années en arrière, au manque, de nouveau.
    Je ne pense pas que l’on puisse accepter le deuil, être fait pour le deuil. A peine peut-on apprendre à vivre ce qui nous est donné à vivre, dans la douleur comme dans la joie…
    On peut bouger, partir, revenir, la faille, la jolie faille, et ceux que nous avons aimé sont avec nous.
    Ils nous rendent plus fragile mais aussi infiniment plus riches de cette fragilité, je pense. Plus riche de l’amour que nous avons pour eux, plus riche des larmes que nous avons appris à laisser couler, plus riches du lâcher prise, de l’empathie, plus riches d’avoir vu nos proches nous entourer comme ils pouvaient, plus proches de nous-même…

    Beaucoup de douceur, beaucoup de courage, aussi, pour vivre tout cela <3

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