Laisser l’autre derrière soi pour voyager

voyager solo

Que cela soit un amoureux, des parents, une amie ou toute autre personne à laquelle on tient, il est toujours, si ce n’est difficile, du moins différent de partir voyager sans eux.

Si j’adore voyager seule, ce n’est pas pour autant que:

1) je ne voyage jamais accompagnée.

2) je suis seule dans ma vie quotidienne (fichu cliché du voyageur solitaire sans relations amoureuses ou amicales).

Par exemple, nous partons depuis nos 17 ans (nous allons en avoir 25) au moins une fois par an avec ma meilleure amie. Peu importe nos situations amoureuses (ou absence de .. la vie, tout ça), c’est un plaisir que l’on s’accorde chaque année malgré la distance, notre entourage et nos emplois du temps respectifs.

Souvent les situations, notamment professionnelles mais également, les besoins ou même les envies de chacun font qu’il n’est guère possible de partir voyager ensemble. Alors que faire ? Ne pas partir et finir par en tenir inconsciemment rigueur à l’autre ? Y aller tout en sachant que l’on a des chances de blesser cette personne ? La situation n’est pas facile et demeure très personnelle, au sens où chacun aura un point de vue bien particulier sur le sujet. Mes parents trouvent, par exemple, complètement incompréhensible le fait de partir volontairement seule alors que je suis entourée, eux-mêmes ne se déplaçant qu’ensemble ou pas du tout, ce qui, à l’inverse, me fait froncer les sourcils.

Est-ce une question de génération ? Probablement, mais seulement jusqu’à un certain point. De personnalité ? Idem. Je n’ai rien d’exceptionnel et suis ni plus, ni moins qu’un pur produit de la société occidentale moderne voyant croitre une certaine forme d’individualisme où la notion de liberté sert de pivot et de justificatif à chacune de nos actions. Mais, la question n’est plus au pourquoi, il s’agit avant tout de savoir comment réagir face à ce phénomène.

Je précise que cet article est très personnel et présente ainsi une forte subjectivité reposant sur ma personnalité, celle de mes proches ainsi de nos expériences sur le sujet. Tout ne monde ne peut s’y retrouver, mais c’est un témoignage qui me tient à coeur et que je souhaitais partager.

L’autre ne veut pas venir

Vous adorez le football et vous rendre tous les dimanche à un match ? Moi pas et j’aurais beau vous aimer, je ne pourrais pas vous accompagner toutes les semaines parce que, même si je tiens à vous, cela ne me passionne pas le moins du monde. Pour autant, je ne vous empêcherais pas de vous y rendre, tant que cela n’empiète pas de façon étouffante sur notre relation. Les voyages, comme la lecture, sont ma passion. J’en ai besoin.

Il arrive que l’autre ne partage pas cette passion, du tout ou du moins au même niveau. Cela pose un double problème : lui n’est pas attiré et subit votre besoin tandis que vous même êtes freiné dans votre plaisir.

La solution ? Des passions propres à chacun, pour lesquelles il est important de se concerter (je me verrais mal ne pas demander l’avis de la personne, même si dans l’absolu elle n’a pas le pouvoir de me faire rester si je ne le veux pas) mais qu’il peut être nécessaire d’explorer par soi-même.

L’autre ne peut pas vous accompagner

A mon age il est normal d’entrer ou d’être déjà dans la vie active et de ne pas disposer du temps libre suffisant pour partir en même temps qu’un proche. Il n’est pas toujours aisé de pouvoir prendre des vacances au même moment et dans ce cas là, que faire ? Attendre ? Oui, c’est tout à fait possible et n’est en rien dégradant. Ou vous pouvez partir. Certes, dit comme cela c’est un peu froid et revient presque à un abandon, mais dois-je calquer ma vie entièrement sur celle de quelqu’un d’autre ? L’idée peut paraitre romantique mais, dans mon cas, difficilement tenable. Sur le plan pratique cette optique est même à favoriser dans le cadre d’un voyage en solo puisque l’autre étant au travail, ses journées sont occupées et l’impression de distance et d’absence se font alors moins sentir.

Je désire partir seule

Il a été mentionné le cas où l’autre ne souhaite pas voyager, mais il n’est pas inutile de parler du fait que l’on puisse apprécier de partir explorer en solo. C’est mon cas et j’ai conscience que cela se révèle quelque peu égoïste et que c’est beaucoup demander à quelqu’un que d’accepter cela, de se séparer, d’avoir autant confiance en nous qu’on l’a soi-même. Même après plusieurs années, cela se révèle toujours difficile à exprimer avec des mots. « Ce n’est pas toi, j’ai simplement besoin d’être seule. On partira ensemble dans un mois »… C’est blessant de se voir adresser ces paroles, et presque autant de les exprimer.

Les gens sont prompts à juger les comportements des autres en simplifiant tout. Est-ce ne pas aimer quelqu’un de ne pas vouloir être tout le temps avec lui ? Pire, d’être heureux sans lui ? Pour beaucoup cet acte égoïste est impensable parce que l’on nous apprend qu’aimer une personne c’est former un tout quasi indépendant, l’un ne pouvant exister sans l’autre. Ils ont tord. J’aime mes proches plus que tout, je souffre de ne pas les voir mais plus je m’éloigne plus j’aime les retrouver. C’est un élément de stabilité dans mes relations (la clé des relations parents-enfants pour ma part).

Parce que c’est temporaire, parce qu’ils sont toujours là, parce que NOUS sommes toujours là.

Lao Tzu Citation Voyage

La difficulté de partir

Ce n’est pas parce que j’aime partir seule que ce n’est pas difficile. Bien évidemment que je préfèrerais généralement ne pas être seule et que mes meilleurs souvenirs sont ceux partagés à plusieurs. Même en solo, les événements qui me viennent immédiatement à l’esprit sont les rencontres. Et c’est normal. C’est humain.

Il y aura toujours un moment qui sera « le jour de trop », où je serai fatiguée de manger seule ou avec des inconnus de passage, où ce ne sera plus fun de s’endormir sans avoir discuté de la journée. Voyager en solitaire est extrêmement libérateur, c’est intense et puissant, mais c’est aussi très corrosif. Tout est exacerbé, les plaisirs comme les douleurs. Il faut toujours être dans un certain contrôle et dépendre uniquement de soi, ce qui a ses inconvénients.

La peur pour l’autre

C’est un point qui, pour ma part, concerne principalement ma mère, et je pense que beaucoup s’y reconnaissent : dès que je pars, elle stresse. Quand je suis accompagnée, c’est déjà le cas, alors pour les voyages en solo, c’est l’apothéose. Je ne me rappelle plus le nombre de fois où j’ai entendu que j’allais finir kidnappée par les mafias slaves (ce fichu film Taken !). Et encore, je la préserve en me tenant éloignée des régions réellement à risques.

Cette anecdote de ma vie personnelle pour vous expliquer que la peur d’un proche à vous laisser partir existe bel et bien et qu’il faut en prendre connaissance et ne pas la balayer comme si c’était futile. Oui, des fois ça l’est mais plutôt que d’aller à l’encontre de ses idées, intégrez la personne dans votre voyage : donnez-lui les adresses de vos logements, envoyez des photos de votre destination tous les deux jours. Ca prend 30 secondes et apaise une grande partie des tensions.

La jalousie ?

Bien sûr qu’elle existe et dans les deux sens, à un niveau plus ou moins élevé selon les caractères, mais dans mon cas, il y en a et en aura probablement toujours. Va-t-il me tromper pendant que je serai loin ? Va-t-elle se trouver une amie plus compréhensive, douce et amusante que moi ? Et à l’inverse, l’autre peut légitimement se poser des questions similaires : va-t-elle rencontrer quelqu’un lui correspondant plus ? Va-telle se laisser entrainer par l’ivresse du moment ? Va-t-elle faire de merveilleuses découvertes sans moi ?

Cela n’a, pour le coup, que peu de choses à voir avec le voyage et plus avec votre façon d’aborder vos relations. Si de base vous n’avez pas confiance l’un dans l’autre, vous aurez encore plus de difficultés face à un voyage, notamment de longue durée. Ce n’est pas un article qui me met particulièrement en valeur, et ce n’est pas le but, mais je dois confesser être moi-même très possessive. Pas envieuse dans le sens où je ne désire pas ce que les autres ont, cela me rend même plutôt heureuse, mais en revanche « ce qui est à moi, est à moi » et il est toujours stressant de se dire que quelqu’un pourrait nous prendre ce que l’on a « acquis »(sens largement figuré). Mais j’ai grandi et expérimenté beaucoup de situations ce qui m’a permis d’apprendre à canaliser cet immense défaut. J’ai pris confiance en moi et il n’y a pas eu de meilleur moyen pour m’aider à étendre cette confiance aux autres également. Le petit pincement au cœur demeure mais, il est plus simple à contrôler.

Rester derrière

Ah, voici un autre point, corolaire de notre sujet, qu’il est primordial d’aborder. Est-il plus difficile de laisser partir quelqu’un ? Oui, ça l’est. Je suis loin d’être parfaite et j’ai parfaitement conscience de l’énorme paradoxe que j’offre en déclarant que je n’aime pas être celle laissée sur la touche et devant observer l’autre partir sans moi. Un petit ami (si c’est avec ses copains il y a un point bonus de +100 pour la pénibilité), la copine, une cousine, ou même les parents, tout le monde y passe. Oui, c’est injuste et hypocrite d’avoir plus de mal à supporter le départ d’une personne et de se retenir de ne pas l’enfermer ou de la suivre à la trace, que l’inverse. C’est dur, ça me rend malheureuse mais j’ai une philosophie de vie simplissime: ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse. Je serais extrêmement blessée que l’on m’empêche de partir, alors j’évite de le faire pour les autres.. parce que même si vous voyagez seul, vous ne l’êtes jamais totalement.

voyage solo

Communiquer avant et pendant

C’est la solution à tous les rapports humains. Tellement de quiproquo ou disputes auraient pu être évités s’il y avait eu un minimum de communication dès le départ. Parlez de vos envies, partagez vos besoins. Il n’est pas nécessaire d’être agressif, d’imposer votre volonté ou de culpabiliser l’autre, expliquez-lui doucement et simplement, répondez à ses questions et balayez intelligemment ses doutes. A l’inverse, évoquez ses propres sentiments sur la situation.  Respect et écoute sont les maitres mots.

Je pense qu’il est également important de ne pas couper tout contact pendant le voyage, et éventuellement de l’intégrer à l’expérience : envoyez des photos, skypez en direct d’un lieu clé …

Avoir confiance en soi et en l’autre

Il est impossible d’avoir confiance en l’autre sans avoir confiance en soi. Peut-être avez-vous des doutes sur votre capacité à gardez quelqu’un à vos côtés ou à résister à l’attrait de quelqu’un d’autre ? Ca aura indubitablement un effet dans votre quotidien. C’est un travail à faire, qui vient avec le temps sans avoir recours à une quelconque pression.

Faire des compromis

C’est un petit peu l’hôpital qui se moque de la charité puisque je suis très mauvaise avec les compromis. J’ai eu l’habitude très tôt d’être indépendante et de me focaliser sur ma seule personne pour mes envies et mes devoirs. Il n’est pas toujours facile de s’en souvenir, mais c’est primordial : dans toute relation humaine, l’autre compte autant que soi et ce n’est pas se soumettre que d’agir en accord avec elle.

Pourquoi ne pas faire de courts séjours ? Ce ne sont pas forcément ceux que vous préférez mais cela permet toutefois de lier vos intérêts, de passer du temps ensemble sans que cela ne devienne trop envahissant.

Ne pas se priver pour maintenir l’équilibre

Oui, il est important de prendre l’autre en compte dans ses décisions et d’être intelligent dans ses choix et dans la manière dont on expose la situation. Pour autant, il ne faut pas laisser cette relation vous empêcher de voyager. Loin de moi l’idée de vous dire de rompre vos chaines, de tout lâcher et de partir. Ce ne serait que tomber entre les mains d’un autre geôlier, non volontairement cette fois-ci. En revanche, il n’est sain pour personne de se frustrer avec le fait de ne pas réaliser sa passion. Beaucoup de rancœur pourrait en découler. Toute relation, qu’elle soit amoureuse, amicale, familiale ou professionnelle repose sur la notion d’équilibre. Personne ne doit pouvoir décider pour vous, cela doit se faire AVEC vous.

J’aurais tellement de choses à rajouter, mais je pense qu’il est temps de vous laisser à vos propres expériences. Racontez-moi comment vous et vos proches gérez le faire de voyager sans eux, chacun doit avoir une histoire différente et je serais ravie de la découvrir.

7 Comments

  • J’ai passé un an en Angleterre et un an en Ecosse. J’ai adoré exploré ces deux pays en solitaire. C’est qqch d’inexplicable.
    Je crois que ça m’a aidé à « devenir adulte » (enfin… façon de parler :p)
    Maintenant, je voyage en couple. C’est une approche différente, peut-être plus sécuritaire.
    J’aime ces deux façons de voyager.
    Merci pour cet article, j’ai beaucoup aimé 🙂

    • Merci de ton commentaire et de ton partage ! J’aime tous les styles de voyage tant que l’on est un maximum de 3 🙂 .. J’ai besoin des différentes formes, ce qui n’est pas forcément simple à gérer mais c’est un travail profond à faire avec l’autre, peu importe qu’il soit compagnon, ami, parent, collègue…

  • Coucou !
    c’est sympa d’avoir le point de vue des autres sur la question.
    Je ne partage pas ton avis partout, mais c’est vrai que c’est très personnel.
    Si j’ai pu voyager seule je préfère voyager avec une personne proche surtout lorsque je suis en couple. Le bonheur de partager pour moi n’a pas de prix mais je conçois tout à fait qu’on puisse avoir envie de voyager seule aussi.
    Cela dit il serait difficile pour moi que mon chéri veuille voyager sans moi, j’aurais l’impression qu’il préfère partager avec les autres plutôt qu’avec moi (même si ce n’est pas forcément le cas).
    Cependant je suis tellement d’accord sur la confiance ! je suis amenée à partir souvent de part mes études, et sans le chéri, et donc on est souvent à distance, et sans la confiance notre couple serait mort depuis bien longtemps.

    Gros bisous miss j’ai adoré te lire !

    • Coucou, merci de ton avis ! C’est très intéressant à lire !
      Je préfère bien entendu également le voyage à deux, j’y ai eu mes meilleurs expériences et souvenirs, et s’il ne fallait n’en choisir style qu’un ce serait lui.. Mais j’ai la chance de pouvoir équilibrer mes plaisirs. J’ai l’idée que mon bonheur ne dépend pas uniquement de quelqu’un d’autre (malheureusement dans certaines situations dramatiques, on n’a pas d’autre choix que d’avancer et c’est dans cette adversité que l’on apprend à vivre pour soi et par soi surtout) et qu’il est important de garder un jardin privé.. peu importe la forme : les courses de f1, des cours de chants, du jardinage.. En l’espèce il s’agit du voyage, il ne faut pas y voir plus et je pense qu’une fois que l’on a ceci en tête, les relations se passent tout aussi bien.
      J’ai beaucoup aimé te lire également, c’était très intéressant.

  • J’ai beaucoup aimé votre article et il m’a fait du bien . J’ai décidé de partir quelques jours toute seule à la découverte de Séville.
    C’est une première et pourtant j’ai 58 ans !
    Je suis toujours partie en amoureux, en famille, avec des amis. Jamais une fois toute seule .
    Alors j’ai eu envie de me lancer ! Me prouver que je serai capable de me débrouiller, me sentir totalement libre de mon temps, de mes choix . Marcher des heures, manger n’importe quand, flâner,rêver et prendre des tas de photos …
    C’est une sorte de challenge, je veux essayer et qui sait je peux y prendre du plaisir ?
    J’ai toujours rêvé de voyager et aujourd’hui je suis à la retraite et en bonne forme .
    Mon mari a d’autres passions même si nous partons de temps en temps tous les deux en voyage. Il n’a pas cette envie de partir souvent ailleurs.

    Je pars le 23 mars ! Merci encore. Amicalement . Mary

  • Cet article est super intéressant ! 🙂 je n’ai pas beaucoup voyagé mais je suis partie 3mois faire un stage de volontariat en Afrique du Sud (donc je n’ai quasiment rien visité du pays hélas), et n’ayant jamais été loin de mes proches si longtemps et si loin, c’était très dur quand je suis partie. Mais peut-être que ça l’était tout autant pour ma maman, je ne sais pas, elle ne l’a pas montré pour ne pas m’inquiéter j’imagine, j’étais en larmes à l’aéroport ! J’ai au moins pu skyper avec elle tous les jours 🙂 j’aimerais faire bien plus de voyages, mais le souci c’est que moi je suis TOUJOURS seule à vouloir bouger… jamais de voyage entre amis, et encore moins en amoureux puisque ça fait plus de 5 ans que c’est le néant total haha. Alors je ne fais rien… je pourrais (et encore que faut voir niveau finances), mais je me sens triste à l’idée de partir seule, personne à qui parler, avec qui partager ce qu’on voit, vivre la même chose en même temps… ce n’est pas très motivant et je suis assez peureuse (sécurité, trouver son chemin, etc.) Comme tu le dis, alterner seule et accompagnée c’est probablement ce qu’il y a de mieux. J’espère qu’un jour je trouverai un compagnon de voyage !

    • Coucou, ravie de te lire. Je suis navrée que tu ne trouves personne pour t’accompagner, j’imagine à quel point cette situation doit être pesante lorsqu’elle n’est pas choisie. Mais ne t’inquiète pas, la vie réserve plein de surprises et je suis certaine que le vent tournera. En attendant, fais-toi plaisir : si tu veux voyager fais-le, si tu ne le peux pas, économise un max en gardant bien ton but à l’esprit, commence à les préparer même si ce n’est pas pour tout de suite (j’ai moi-même plein de dossiers, itinéraires de voyage à moitié commencé, ça motive beaucoup et ça permet de découvrir les lieux et de se sentir plus serein, notamment sur le plan sécuritaire).. Je n’ai aucun doute que tu trouveras ce qui te convient. Gros bisous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *