Des animaux en BD : Black Sad et Maus à l’honneur

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Les bandes dessinées sont un genre de lecture que j’ai honteusement tendance à négliger malgré la quantité particulièrement imposante à laquelle j’ai accès. Cela ne m’empêche toutefois pas de m’y plonger de temps en temps, et cela au moins une fois par mois. Aujourd’hui, je souhaite mentionner deux lectures particulièrement excellentes qui mettent en scène des animaux.

Black Sad

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Grande admiratrice de cette saga (vous avez peut-être remarqué la statuette en arrière-plan dans mes vidéos ?), je me suis replongée ces derniers temps dans les cinq  volumes sortis et je dois dire que le plaisir de cette immersion est resté intact à celui ressenti la première fois. Pour poser rapidement l »histoire, il s’agit de Black Sad, un chat détective privé plutôt sombre, playboy et téméraire qui va se retrouver plongé dans de multiples histoires. Dans le volume 1, il part à la recherche du meurtrier d’une ancienne petite-amie, et de par ses aventures, il va être amené à rencontrer de multiples personnages, des amis, des ennemis, des gens de passages.

Cette saga propose bien plus que de simples épisodes policiers. Chaque volume aborde un thème bien précis et dénonce un ou plusieurs travers de la société : le racisme, la drogue, la place des femmes… Et bien évidemment, l’élément que l’on ne peut que remarquer dès les premiers tracés : les personnages sont des animaux : chats, chiens, tigres, ours polaires, chevaux, coyotes, hiboux.. Il y a autant d’espèces présentées que de personnages et ce n’est pas peu dire ! Le travail de personnification de ces animaux est, par ailleurs, fabuleux puisque le lecteur passe très rapidement outre ce fait pour suivre l »histoire en s’impliquant autant que s’il s’agissait d’êtres humains. Voir plus. En effet, à la manière de Molière utilisant le rire, les dessinateurs ont ici choisis de faire passer leur message, leur engagement par le biais des animaux, à la manière d’un La Fontaine en peine forme, ce qui a un impact particulièrement efficace du fait que le lecteur va beaucoup plus se pencher sur les problèmes de son monde s’ils ne lui sont pas opposés clairement, mais par l’utilisation d’animaux.

On ne peut pas parler de Black Sad sans mentionner l’excellent mélange des compétences entre scénariste et dessinateur : le fond est aussi bon que la forme. Les propos tenus sont fins, remplis d’anecdotes renvoyant à la littérature et au cinéma saupoudrées d’humour noir et délicieusement ironiques. Le second point fort est bien évidemment le dessin qui est très précis et ambitieux, le tout accompagné d’exceptionnelles couleurs. C’est, à mon sens, la meilleure bande dessinée pour ce travail de la couleur, aussi bien vives que froides (mais il faut avouer que les rouges sont particulièrement réussis).

Black Sad est un classique que je conseille à tout prix. Cette saga fait partie de mon top 10 des bandes dessinées parce que tout y est bon. Je ne serais toutefois pas honnête si je disais que tous les albums se valent sur le plan qualitatif. En effet, la déception fut quelque peu au rendez-vous à la découverte du 5ème volume qui faisait état d’un certain relâchement, sans pour autant être mauvais. Nous parlerons plutôt d’un repos de la part des auteurs sur leurs lauriers. Quand on réalise du très bon travail, il n’est pas simple de dépasser ou d’atteindre les espérances des fans. Cela ne m’empêche pas de patienter avec beaucoup de difficultés pour la sortie du 6ème volume.

Maus

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Un classique de la bande dessinée que je n’ai pourtant découvert que récemment. J’avais connaissance de son existence, mais n’avais jamais pris de temps de m’y pencher. La chose est faite et je ne le regrette pas, même s’il ne m’a pas donné une envie d’y revenir dans le futur. Expliquons tout cela.

Maus (« souris » en allemand) est le récit de la vie d’un juif polonais vivant à présent aux Etats-Unis, Vladek pendant la seconde guerre mondiale, raconté par son fils. Il vécut mille vies au cours de ces quelques années et eut à connaitre aussi bien du front, des travaux forcés que des camps d’extermination. Il existe de très nombreux témoignages de ces temps durs, mais l’oeuvre de Spiegelman apporte quelque chose de nouveau, puisqu’il n’est pas uniquement question de l’histoire de la Shoah. En effet, si celle-ci demeure le sujet central de la bande dessinée, il y est également développé une observation des relations entre parents et enfants (malgré l’absence de la mère, qui est cependant terriblement présente, voir pesante). Cet élément est d’autant plus difficile à aborder qu’il est question de la place des enfants des déportés, morts et survivants des camps de la mort.

Le sujet est définitivement sombre, il ne faut guère en douter. Certains passages sont glaçants et rendent le lecteur mal à l’aise grâce à l’aspect montré/caché que propose le genre de la bande dessinées. Tout l’intérêt de ce genre, ainsi que de la personnification d’animaux, est de permettre à l’auteur de partager cette histoire sans que le contenu soit trop choquant ou brutal, ce qui est très intelligemment réalisé. L’unique élément tiré de la vie réelle est une photographie de son frère, mort en Europe, et si rien n’est dit, tout est compris.

L’aspect historique m’a, bien évidemment, intéressé, puisque personne n’a le même témoignage à apporter et chaque vie présente des circonstances différentes. Ce qui m’a cependant le plus impliqué fut la relation entre Vladek et son fils qui a su faire raisonner quelques échos en moi. Les deux sont très durs l’un envers l’autre et il est impossible de prendre parti : Vladek est sénile, blessant, excessif, raciste (ces passages où sa belle-fille lui demande comment il peut avoir connu la shoah et être raciste sont exceptionnels), mais on sait ce qu’il a vécu pendant la guerre. Art, son fils, est poussif, exigent, peu patient, mais il ne sait pas quelle est sa place en tant que fils de déportés, il n’a pas connu cet enfer mais en subit les conséquences. Cette situation est extrêmement compliquée et en démêler les fils n’est envisageable.

Si j’ai aimé l’intelligence, la pudeur et l’authenticité du récit, je ne puis dire que j’ai passé un bon moment de lecture. Tout d’abord parce que le sujet n’y prédispose pas, les génocides sont rarement des thèmes divertissants, mais plus encore : je n’ai pas réussi à apprécier les personnages. Le fait d’avoir retranscrit chacun avec ses qualités et surtout ses défauts les a rendu peut être trop humains pour que je les trouve agréables. N’étant moi-même qu’une simple humaine, je suis sujet à la subjectivité et en l’espèce, le héros m’a énervé dans son comportement à l’égard de ses proches, justifiant chacune de ses actions par la guerre. Je le répète, ce qu’il a vécu fut horrible et traumatisant, il a fait preuve d’un très grand courage, probablement plus que je n’en aurai jamais, mais j’ai été blessée pour son fils et pour sa seconde femme parce que les propos qu’il tient ainsi que ses actions sont invivables sur le long terme. Cet homme est brisé et le restera jusqu’à la fin de sa vie. I l’inverse, le manque de patience et de compréhension de Art, ainsi de son ingratitude, à l’égard de son père m’ont peiné. Mon sentiment est similaire à l’encontre des  personnages secondaires : la petite amie de Art, la seconde femme de Vladek, la famille en Pologne… Je ne porte ici aucun jugement car c’est tout à l’honneur de l’auteur d’avoir montré ces individus comme ils étaient, ou du moins de la façon dont il les percevait. On ne peut comprendre les relations familiales, celles des autres encore moins que les nôtres. Son but était de montrer un état de fait, et de rendre un hommage à sa famille, pas de se faire aimer.

Je ne peut nier avoir été heureuse de terminer cette oeuvre qui m’a à la fois beaucoup dérangé mais aussi terriblement touché. C’est une histoire que l’on ne peut oublier parce qu’elle nous a tellement fait ressentir de choses que l’on ne peut en sortir indemne. Je ne peux que recommander cette lecture. J’aurais trouvé très intéressant de la découvrir au lycée et j’encourage tous les professeurs à le faire.

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