Tout ira bien, ne t’en fais pas

voyager dans pays dangereux

Ou comment expliquer à ses proches, notamment ses parents, que l’on part dans un pays « à risques ».

Savez-vous quel est le film qui déprime le plus ma cinéphile de maman ? Non, ce n’est pas Mommy, ni Million Dollar Baby et encore moins Philadelphia (qui remportent la palme en ce qui me concerne). C’est Into the Wild, de Sean Penn. Une profusion de raisons à cela, la principale étant qu’elle me retrouve dans ce héro tragique qui meurt de son besoin de voyages et de liberté. Ambiance.

C’est en pensant à elle que m’est venue l’idée de cet article. Y-a-t-il plus universel que la crainte de subir le courroux maternel ou pire, de l’effrayer ? Chaque nouvelle journée de drame ne fait qu’accroitre cette peur dès qu’il est question de déplacements, que cela soit à l’étranger, mais aussi dans son propre pays. La question parait simple : peut-on discuter de ses projets de voyages avec les gens que l’on aime quand l’univers entier semble désigner cette zone comme un endroit dangereux ? Doit-on dire à ses parents que l’on part pour un lieu qui les effraie (souvent plus que de raison, mais que voulez-vous les médias jouent bien leur rôle) ou doit-on se résoudre à leur dissimuler ce pan de sa vie ?

Il n’y a pas de réponse parfaite. Beaucoup trop d’éléments entrent en ligne de compte pour que cela puisse être le cas. On peut même dire que l’on perd à tous les coups :

1) Si je leur dis et que ça leur fait peur, ils vont m’en vouloir de partir. 2) Si je ne leur dis qu’à mon retour, ils m’en voudront de ne pas leur avoir fait confiance en leur dissimulant cette information. Mais alors, quelle issue ?

J’adore voyager, c’est une vérité absolue et je n’ai aucune intention de m’arrêter un jour. Ce n’est pas une concession que je suis prête à faire. Pour personne. Même pour la personne que j’aime le plus au monde. Parce que je sais que si elle me supplie de rester, je le ferais et je lui en voudrais pour cela. Je nous souhaite de ne jamais arriver à une telle situation. Il n’est pas facile pour moi de partir en sachant qu’elle s’inquiète constamment. Cela fait 10 ans que je voyage seule ou à deux de façon indépendante (pas de tours opérateurs, clubs de vacances…) et pourtant elle continue à ne pas dormir quand elle n’a pas de mes nouvelles tous les deux jours.

Turquie Cappadocia

Credit et Credit Intro

Mes envies de voyage ces dernières années se portent régulièrement sur des zones plus sensibles dont les médias font grand bruit (sans pour autant être des pays fortement déconseillés comme la Syrie ou l’Irak – la témérité et l’arrogance n’apportent rien de bon : il y a d’excellentes raisons à ces interdictions et j’encourage chacun à les respecter). Cela signifie qu’il me faut agir avec plus de finesse pour annoncer mes départs et partager mes aventures.

Si j’aborde ces considérations personnelles, c’est parce que je suis certaine de ne pas être la seule à connaitre de tels dilemmes. C’est le serpent qui se mort la queue. D’un côté, la famille passera toujours en premier, quels que soient les sacrifices. De l’autre, il y a ce besoin vital  de partir. Combien sommes-nous à avoir connu des discussions animées à la mention du Moyen-Orient, de l’Amérique centrale ou autres zones jugées dangereuses ? L’actualité a pourtant démontré que la violence peut apparaitre à n’importe quel endroit du monde, même chez soi. Cette peur, bien que légitime (quoi de plus naturel que s’inquiéter pour ses proches?), n’est pas toujours rationnelle, et c’est ce qu’il faut garder à l’esprit pour saisir son interlocuteur.

Point sur les parents

Ce n’est pas une situation facile parce qu’il y a une incompréhension des deux côtés. Je remarque que ce clivage se crée beaucoup plus entre les enfants et leurs parents, qu’entre les enfants eux-mêmes. Voyager est devenu plus accessible et parait presque normal aux jeunes générations, quand cela relevait de l’exception ou de la chance pour nos parents. C’est un fait à prendre en compte pour comprendre certaines réactions que l’on considère comme excessives.

4 conseils

conseil 1

S’il y a des problèmes, il faut les aborder le plus rapidement et calmement possible. Oui, c’est vous qui voyagez et vous avez le dernier mot, mais il est primordial de prendre en compte l’avis des gens qui comptent pour vous et de répondre à leurs interrogations, voire leurs angoisses. Expliquez-leur pourquoi vous avez envie de partir, montrez-leur des photos, précisez-leur que vous agirez avec prudence (taxi les soirs, ceintures sous les vêtements).

Néanmoins, si vous communiquez sur le sujet, vous n’avez pas à faire machine arrière : votre projet est lancé, vous avez le temps et l’argent pour le concrétiser alors ne revenez pas sur votre décision. C’est une évidence fondamentale que vos proches doivent comprendre : vous écoutez sans sourciller leurs requêtes, mais le voyage demeure un état de fait. Si vous venez à reconsidérer votre choix, cela doit venir de vous uniquement et non de quelqu’un d’autre.

conseil 3

Mentir n’apporte le plus souvent jamais rien de bon. Ayez confiance en vos proches pour avoir eux-mêmes confiance en vos choix de voyages. Oui, ça ne leur fera pas plaisir, mais je vous jure qu’ils apprécieront toujours plus cela que de réaliser a posteriori que vous leur avez menti.

Pour autant, il n’est peut-être pas opportun de les informer des rumeurs de violences dans certains endroits, de la dangerosité d’une route dans les montagnes, ou de la disparition de cette jeune personne il y a deux mois. Tous ces éléments terribles qui peuvent les inquiéter et qui demeurent, malheureusement, le jeu du hasard du calendrier.

On ne peut JAMAIS prévoir avec exactitude un drame, un attentat ou une catastrophe naturelle. Dites-vous à tous les parisiens d’évacuer la ville parce qu’elle représente une cible ? Non, on vit avec la menace, où qu’elle soit dans le monde, et on s’efforce de changer le moins de choses possibles à son quotidien. Alors ne les inquiétez-pas pour rien, c’est à vous de gérer cette situation et si vous ne le sentez pas, n’y allez pas. A nouveau, cela doit venir de vous.

voyager dans pays dangereux

 Credit

conseil 2

Il peut-être rassurant pour tout le monde que votre itinéraire soit connu. En cas, rarissime, de catastrophe, cela permet à vos proches de donner l’alerte sur votre position. Et en dehors de ce cas, cela leur laisse l’impression de vous « surveiller » et de maitriser un minimum la situation.

Pour autant, vous n’avez pas à vous laisser suivre à la trace. Donnez un plan général de votre voyage, les différentes villes mais ménagez-vous toujours une marge de liberté pour prendre vos décisions indépendamment de toute pression. Si vous avez envie d’alterner certaines journées, faites-le, organisez votre planning quotidien comme bon vous semble sans avoir à rendre de comptes. N’oubliez jamais qu’il s’agit de votre expérience de voyage.

conseil 4

Partagez avec vos proches quelques instants de votre voyage, principalement par le biais de photos, vidéos, appels skype. Cela fait toujours plaisir d’envoyer et de recevoir de jolis paysages, des anecdotes afin d’impliquer sa famille dans son aventure. Cet échange peut également se faire avant le voyage : allez faire vos courses de voyage ensemble, regardez des reportages.

La limite étant ici de se garder un jardin secret : vous ne pourrez jamais faire participer les autres à 100% et ce n’est pas une si mauvaise chose. Profitez de ce voyage, lâchez vos appareils, ne pensez pas sans cesse à prendre la meilleure photo possible : vivez l’instant.

conseil 5

Si cela ne l’a pas encore été suffisamment mentionné : c’est votre vie et vous la menez comme bon vous semble (tant que vous ne mettez personne en danger). Dans l’absolu, c’est vous qui avez le dernier mot : vous pouvez voyager où vous voulez, avec qui vous voulez (ou en solo) et pendant le temps que vous voulez. Personne n’a le droit de s’ingérer dans votre vie. Cela ne signifie pas que vous ne ferez jamais de compromis et de sacrifice pour être avec vos proches et leur faire plaisir, mais rappelez-vous toujours que pour être heureux avec les autres il faut avant tout être heureux par soi-même et pour soi-même.

J’espère que cet article vous aura plu. Je sais que plusieurs d’entre vous sont confrontés à une telle situation et c’est aussi pour vous que je l’ai écrit. Vous n’êtes pas les seuls, n’hésitez pas à en discuter et surtout ne vous autocensurez pas.

5 Comments

  • Bonjour Laura,
    Cet article est tout simplement parfait: je t’écrivais il y a quelques mois à ce sujet et il est sûr que dire la vérité à ses proches est la meilleure solution. Je ne saurais procéder autrement à présent.
    J’ai cru comprendre que tu allais visiter la Jordanie: quelle chance! C’est un endroit où j’adorerais aller!
    Je voulais connaitre ton point de vue à propos des « circuits touristiques » proposés par les agences de voyage. as-tu déjà expérimenté cette manière de voyager? C’est une option qui me tenterai pour les pays du Moyen-Orient car cela rassurerait mes proches, et également moi-même car, je dois l’avouer, me retrouver seule dans ce type de pays m’effraie quelque peu 🙂
    Je t’embrasse!
    PS: j’adore le nouveau design de ton blog 😀

  • Un article très intéressant (et j’aime beaucoup la forme, c’est superficiel mais je voulais te le dire) et qui soulève des questions d’actualité. Ce n’est pas facile. J’ai aussi une famille très appeurée par les voyages et pourtant je ne pars jamais seule ou autre, et moins que toi mais nous sommes très proches et je crois qu’ils ne veulent pas trop que je bouge. Je crois que je fais discuter de ton article avec eux, ce pourrait être un sujet de conversation intéressant. Bisous

    • Merci beaucoup pour ton commentaire. Le sujet est en effet important et je comprends ta situation. Je ne sais pas quel age tu as mais selon celui-ci et ta situation il ne faut pas hésiter à discuter avec tes proches si tu te sens un peu emprisonnée par leurs peurs. La discussion aide toujours, pour peu que l’on veuille bien écouter. Bisous.

  • J’aime beaucoup cet article, dans lequel je me reconnais pas mal…
    Quand je suis partie toute seule en Finlande pour la première fois en couchsurfing, ils étaient tellement stressés (mon père surtout) juste par le fait de partir 2 semaines seule, que je n’ai pas voulu les empêcher de dormir en leur parlant en plus du couchsurfing, même si c’était frustrant.
    Par contre je me suis fait un plaisir de leur en parler au retour, ils étaient « tout péteux », et m’ont demandé de leur en parler les prochaines fois, ce que je fais depuis!

    • Je comprends tes décisions, des fois certains détails ne sont pas nécessaires, surtout pour la Finlande qui ne présente pas de gros dangers dans l’esprit des gens. Mais bon, les gens continueront de s’inquiéter, c’est humain ! Autant je ne m’inquiète pas pour moi, autant dès que mes proches partent quelque part, même en France, je suis sur mes gardes.. On ne changera pas je crois 😉

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